Lilith ne me quittait pas des yeux, et chaque seconde qu’elle parlait me donnait l’impression qu’elle grattait sous ma peau.
Sa voix… c’était impossible de la décrire autrement que comme un paradoxe. Douce. Caressante. Presque tendre.
Mais chaque syllabe portait une note étrangère, un frisson glacé qui traversait mes nerfs.
Comme si quelque chose essayait d’imiter une voix humaine… et échouait de très peu. Trop parfaite pour être vraie.
Une aberration.
Je restai planté là, incapable de bouger, pendant qu’elle chuchotait :
—
Elle disait ?a comme si elle parlait d’un cadeau d’anniversaire.
Et là…
Mon pouvoir hurla.
Pas un avertissement discret.
Pas un malaise dans le ventre.
Un rugissement.
Un non absolu.
Un rejet viscéral qui remonta le long de ma colonne comme si on venait d’y injecter de l’électricité.
Jamais de ma vie je n’avais senti quelque chose d’aussi violent.
C’était comme si tout mon être voulait s’arracher à cette fille.
Lilith haussa les sourcils, intriguée par ma réaction.
—
Je déglutis, la gorge sèche.
— Qu’est-ce que toi, tu gagnes là-dedans ?
Elle sourit. Ce sourire… trop large, trop lent.
Elle inclina légèrement la tête, comme amusée de la na?veté de ma question.
— Je t’en ai déjà parlé… mais je peux éclaircir.
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Elle s’approcha encore, et quand elle reprit la parole, sa voix devint presque une chanson.
—
Un monde plus heureux. Harmonieux.
Des démons altruistes.
Un conte pour enfants.
Et là, mon pouvoir hurla de nouveau, encore plus fort. Un coup de massue.
Mes oreilles bourdonnèrent.
Je sentis ma nuque se couvrir de sueur froide.
Elle mentait.
Encore.
Sans honte.
Et ce n’était pas un petit mensonge.
C’était… gigantesque.
Un mensonge noir, épais, qui dégageait une odeur de danger pur.
Lilith observa mon expression comme si elle go?tait chacune de mes réactions.
— Tu vois ? Tout s’expliquera bient?t.
Cette fa?on qu’elle avait de parler… comme si tout ?a était déjà décidé pour moi. Comme si ma réponse n’avait jamais compté.
Et mon instinct, lui, ne cessait de répéter :
NE L’éCOUTE PAS.
NE RESTE PAS Là.
ELLE VA TE TUER.
Je respirais à peine. Tout en moi me hurlait de reculer, de fuir, de courir sans me retourner.
Mais au lieu de ?a, ma voix sortit toute seule, rauque, étranglée :
— Et… et si je refuse ?
Lilith se figea une seconde.
Puis elle bascula légèrement sa tête en arrière, et rit.
Pas un rire normal.
Un rire léger, presque cristallin… mais complètement dénué d’ame. Comme le bruit d’un verre qu’on fait doucement vibrer.
Elle avan?a d’un pas, puis d’un autre, jusqu’à se retrouver tout près, bien trop près.
Je sentis son souffle contre mon oreille quand elle murmura :
— Oh Soren… je n’ai pas besoin de ton accord.
Un frisson glacé me traversa la colonne.
Mon c?ur bondit si fort que j’eus l’impression qu’il allait défoncer ma cage thoracique.
Elle recula d’un pas, comme si elle venait de me confier un secret amusant, éclatant d’un sourire qui n’avait rien d’humain.
— Mais j’aime demander. C’est plus… élégant.
Je restai cloué sur place, incapable de bouger, pendant qu’elle reprenait d’un ton presque enjoué :
— Enfin, je me doute que tout ?a doit faire beaucoup d’informations d’un coup.
Elle se détourna tranquillement, ses pas résonnant dans l’amphithéatre silencieux.
Je ne bougeais toujours pas. Mon corps refusait.
Elle continua, sans se retourner :
— Je reviendrai bient?t, Soren. Tu auras eu le temps de digérer.
Digérer.
Comme si ce qu’elle venait de m’avaler de force était un plat un peu lourd.
Elle avan?ait vers l’ombre derrière la scène.
Puis, sans prévenir, elle se retrouva derrière moi.
Je n’avais rien entendu.
Aucun pas.
Aucun souffle.
Juste… elle, qui glissait dans mon dos, comme si elle avait plié l’espace.
— Et quand je reviendrai… tu sauras quoi répondre.
Je sentis un fr?lement contre mon épaule.
Puis plus rien.
Le silence tomba d’un coup.
Un silence brut, froid, trop réel pour être normal.
Et soudain—
Les lumières de l’amphi se rallumèrent.
Violentes. Blanches.
Je clignai des yeux, aveuglé.
Lilith avait disparu.
Pas une trace.
Pas un souffle.
Pas une ombre.
Juste moi, seul, dans un amphithéatre vide qui n’avait plus rien de spécial… si ce n’est que mes jambes tremblaient encore.
Je soufflai, la gorge serrée, en laissant ma tête basculer en arrière.
J’aurais d? me douter que ma vie partirait en couilles depuis le jour où je me suis étouffé avec un biscuit de la chance au collège…
il devait forcément y avoir un message caché.
Mais aucun biscuit n’aurait pu me préparer à ?a.

